Récit - De la neige à profusion

La neige tombe en abondance dans la vallée depuis quelques jours. Tout se recouvre peu à peu d'un épais manteau blanc. Des conditions idéales pour aller à la rencontre des habitants des montagnes, bien qu'il faille être particulièrement discret afin d'éviter tout dérangement.


Le chemin qui monte entre les arbres ne laisse apparaître que quelques traces d'écureuils qui ont certainement changé d'arbre dans la nuit. Le jour pointe son nez et le silence est délicat. Seuls les chants aigus de quelques oiseaux, roitelets et mésanges noires, rappelle que la vie est omniprésente. Bientôt le chemin quittera les bois pour s'aventurer sur les pentes steppiques typiques des hauts sommets pyrénéens.


L'heure tourne, le jour s'est levé. Le chemin croisait parfois la trace d'un chevreuil ou d'un isard descendu pour profiter de la protection, presque indispensable à cette saison, des grands pins à crochets. La vue maintenant dégagée, je constate que les crêtes subissent les assauts d'un vent violent qui arrache quantité de neige aux flancs pelés. Ce vent violent commence à se faire ressentir. Le son jusqu'alors étouffé par les tapis de poudreuse, commence a parvenir à mes oreilles par un grondement constant et sourd.



Je continue ma progression en direction des derniers arbres. Je connais une falaise qui abrite souvent de nombreux animaux lorsque les conditions se dégradent. Ils y trouvent abri et nourriture, la verticalité ne facilite pas l'accumulation de neige et laisse beaucoup de végétation disponible.


Un coup de jumelles sur les roches ne me permettra pas au premier abord d'observer d'animaux, mais la quantité de traces dans la neige ne laisse aucun doute quant à la présence d'isards non loin. Haut sur les crêtes, le vent commence à se calmer et les nuages bas reviennent. De gros flocons se remettent à tomber tandis que mes pas me rapprochent encore un peu plus de la falaise abrupte. À travers les branches blanchies des arbres malmenés par les vents, je distingue enfin une harde. Invisible dans les rochers de même couleur que leur pelage, il faut dire que leur mimétisme est impressionnant. Dotés d'une robe brune parée d'une écharpe beige, ils imitent à la perfection les blocs de schiste.