Stage - Fin d'été sur les sommets des Pyrénées

La journée commence au lever du soleil. L'été touche à sa fin à cette altitude et la fraîcheur est tenace. Dès les premiers pas, nous foulons les larges crêtes herbeuses trempées par la rosée et les orages de la veille. Des nappes de brume lèchent les flancs plus pentus de la steppe d'altitude, le vent ne souffle pas, seul le chant de quelques discrètes alouettes brise le silence.


Au loin dans la brume, notre regard est attiré par deux masses sombres. Première rencontre du matin, deux sangliers viennent de changer de versant. Ils sont loin, ils sont rapides et disparaissent rapidement dans les premiers pins à crochets qui bordent les pentes herbeuses. Il est rare de pouvoir les observer, nous avons de la chance !


Sanglier d'Europe (Sus scrofa)

Le soleil apparaît alors au-dessus du sommet qui nous surplombe de son imposant amas de roches sombres. Une brise se lève, fait filer la brume qui disparait peu à peu. Des Traquets motteux s'envolent à notre passage. Ils sont tellement nombreux qu'il nous semble qu'il s'agit toujours des mêmes qui anticipent notre progression. Sur la clôture qui fait la frontière parfaitement géopolitique entre la France et l'Espagne, ils sont nombreux à se percher. Les piquets sont de superbes perchoirs pour se réchauffer, éclairés par les premiers rayons du soleil.


Traquet motteux (Oenanthe oenanthe)

Après avoir profité des ambiances offertes par ce lever de soleil, nous continuons à marcher en direction de hauts plateaux plus rocheux. Peu de temps après, nous sommes surpris par l'arrivée d'Isards qui semblent se diriger droit vers nous. Nous nous faisons discret en nous mettant dans l'ombre d'un relief et attendons patiemment leur arrivée. Nous en profitons pour commencer à faire quelques images dans un style minimaliste.


Quelques minutes plus tard ils passeront à quelques dizaines de mètres de nous. C'est à ce moment là que nous remarquons la présence d'une très grande harde à un kilomètre en arrière environ. Pile là où nous sommes déjà passés !


Isards (Rupicapra pyrenaica)

La montée reprend. Le soleil se fait dur et la chaleur nous déshabille. Nous croisons une marmotte qui prend les jambes à son coup en nous voyant arriver. La pente devient plus raide et nous prenons la direction du versant espagnol qui abrite généralement une petite harde d'isards. Ils sont effectivement au rendez-vous, mais le soleil déjà haut leur a intimé de s'activer. Ils passent doucement une crête assez lointaine et disparaissent dans les pierriers, sur les flancs du géant de roches qui s'élève à presque 3 000 mètres d'altitude.



Après avoir laissé s'éclipser la petite harde, nous finissons d'atteindre les amas rocheux en contre-haut. J'ai espoir de trouver enfin la petite population de Pluviers guignards habitants ces lieux. J'en parle aux participants sans grande conviction car après déjà quatre années de recherche je n'en aurai vu qu'un seul en vol au dessus de la crête.


Nous décidons de rejoindre un plateau une dizaine de minutes de marche plus haut pour espérer voir de proche les quelques vautours qui commencent à apparaitre dans le ciel. Nous atteignons le plateau, et explique qu'il s'agit ici de l'habitat typique du Pluvier : roches et herbes constituent le milieu idéal à sa nidification et à son camouflage. Au fond de la petite dépression herbeuse un mouvement attire soudain mon attention. Les yeux dans les jumelles, je m'aperçoit alors avec stupéfaction qu'il s'agit d'un petit groupe de Pluviers ! Si j'avais su qu'il ne fallait dire que ça pour enfin les trouver, je l'aurai fait plus tôt !


Nous les observons d'abord de loin, jugeant de leur tolérance à notre égard. Impassibles à notre venue, nous décidons de nous en approcher avec précaution. Les mètres sont parcourus peu à peu. Les minutes passent, nous continuons. Parfois ils observent les ciel, perturbés par le survol d'un vautour, et se tapissent dans les herbes jaunies par le soleil. Ils deviennent alors invisibles et nous devons nous arrêter et attendre qu'ils s'activent à nouveau pour les voir et continuer à s'en approcher sans les effrayer. Au bout d'une heure et demie d'approche délicate, nous parvenons à une distance plus que raisonnable d'eux. 15 mètres tout au plus nous séparent des premiers individus. Tantôt ils s'activent, chassent quelques insectes, tantôt ils se tapissent au sol et deviennent une roche parmi les roches, une herbe parmi les herbes. Leur mimétisme est saisissant. Nous ne parvenons pas à les compter avec précision pour ces raisons mais il y en a au moins 8. Nous passons plus d'une heure à les observer, les photographier et les filmer. Comblés par cette chance, nous oublions le temps qui passe et le soleil nous brûle la peau.


Pluvier guignard (Charadrius morinellus)

Après plus d'une heure à observer leurs différents comportements : nourrissage, toilettage, repos et observation méticuleuse du ciel, nous décidons de nous éclipser pour aller manger.


Après un repas bien mérité, nous nous autorisons une deuxième approche, plus courte, en évitant de les déranger dans leur repos digestif. Après quelques images en plus sur les cartes mémoires, nous partons pour de bon et commençons la descente.


Le milieu d'après-midi n'est jamais idéal pour la faune, et nous ne croisons pas de mammifère. Mais un amas de points sombre attire notre attention à contre-bas. Une immense colonie de Vautours fauves est posée sur une large colline. Nous essayons d'en déterminer la cause mais aucune carcasse n'est visible et nous ne comprenons pas vraiment leur présence ici et à cette heure de la journée. Nous évitons de nous en approcher trop près pour ne pas les déranger et pensons qu'une carcasse déjà bien nettoyée doit se trouver dans un ravin hors de notre champ de vision. Plusieurs vautours semblent s'y poser et quelques-uns remontent, en sautillant, rejoindre le reste du groupe. Nous prenons quelques images de cette incroyable réunion avant de terminer le retour vers les véhicules.