Récit - Deux jours, bercé par le chant des oiseaux



Le soleil se lève sur les sommets catalans. Après déjà quelques minutes de marche dans la pénombre du sous-bois, la chaîne des Pyrénées se dévoile. Belle et enneigée, enveloppée sous une coquille de glace que les premiers rayons du soleil déjà commencent à sublimer.


Le sentier monte entre les troncs des pins humides. L'odeur de la forêt, arrosée la veille par les averses de pluie fine, éveille mes sens. Musquée, subtilement agrémentée d'une délicieuse odeur de champignons. Les rochers et les racines glissent, il faut se frayer un chemin parmi les grands massifs de rhododendrons qui dégagent eux aussi une odeur qui ravive des souvenirs lointains.


Sur les cimes des arbres grives et merles se répondent. Leur chant résonne dans le ravin qui s'évase peu à peu. Pinsons, rouges-gorges et accenteurs se mêlent au concert et ensemble ils entament la plus incroyable des symphonies.


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Pison des arbres (Fringilla coelebs)

Le ravin jusqu'alors évasé, disparaît soudainement dans un étroit exutoire pour laisser place à un large étang. Le sentier bifurque alors pour contourner les étendues humides et tourbeuses et grimpe sur la pente douce d'une grande moraine glaciaire, témoin de l'âge de glace.


Les landes pelées s'imposent et la forêt s'éclaircit. Les faces Sud des sommets démontrent que le printemps s'installe déjà, même à près de 3 000 mètres d'altitude.


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La montée s'adoucit, comme l'air froid du matin. Les oiseaux autour de moi s'en donnent à cœur joie. Les rouges-gorges s'égosillent pour espérer chanter plus fort que les accenteurs mouchets, nombreux à siffler leurs trilles somptueuses. Tout ce beau monde s'agite sous l’œil bienveillant du Canigó, montagne sacrée des catalans.


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Rougegorge familier (Erithacus rubecula)
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Accenteur mouchet (Prunella modularis)
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Pic du Canigó

Les lacs se succèdent un à un, et voilà que dans le ciel surgit d'imprévus invités ! Cinq goélands s'amusent dans le vent et survolent quelques étendues d'eau tout juste déglacées. Il est commun de croiser ces oiseaux à cet endroit, mais il est plus rare d'en observer autant et surtout aussi tôt dans la saison. Voir ces oiseaux taillés pour la mer, survoler les vastes forêts et flirter avec les sommets, se révèle être passionnant. Ici à 2 300 mètres d'altitude, ce n'est pas la première espèce à laquelle on peut s'attendre !


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Goélands leucophée (Larus michahellis)
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À mesure que l'altitude augmente, les lacs se remplissent glace. Certains sont partiellement gelés, d'autres, plus hauts, entièrement blancs.



La journée se poursuit paisiblement. Peu de présence humaine ne vient perturber les lieux, comme en témoigne les nombreuses traces d'animaux. Un lièvre est passé sur un dôme de neige, un cerf dans une jeune forêt, les empreintes révèlent le monde sauvage. Sorti de nulle part, un tichodrome échelette me survole de son allure papillonnante. Il est haut et petit, impossible d'en prendre une photo intéressante.


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Traces de lièvre d'Europe (Lepus europaeus)
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Tichodrome échelette (Tichodroma muraria)

Après un repas au soleil face aux immenses pierriers du massif rocheux et toujours accompagné d'une mélodie agréable, il est temps de redescendre.


La neige fond, et sous mes pas se dérobe. Une glissade ou deux viendra pimenter le retour dans les vastes forêts. Le chemin défile, chaque foulée devient un automatisme, la fatigue prend le dessus et c'est bientôt en pilotage automatique que mes jambes me mèneront à ma destination. Tout mon esprit est à présent occupé à observer le moindre détail, le moindre signe de vie. Mes oreilles analysent chaque bruit, chaque chant d'oiseau. Une sorte de méditation que seule la montagne sait m'offrir. Un plaisir addictif.


Au fil des heures le chemin s'aplatit et les nuages s'amoncellent. Les grands arbres regorgent de vie que le crépuscule réveille. Entre les troncs se dessine une vaste prairie. J'installe l'affût sous de larges branches qui me cacheront des animaux qui viendront peut-être paître et boire dans le ruisseau qui serpente entre les mottes de tourbe. Après seulement quelques minutes, une harde de biches quitte les bois. Elles avancent paisiblement pour trouver les premières herbes tendres.