Récit de stage - L'été en montagne


JOUR 1


La journée commence tôt ce samedi. Nous nous levons avant le jour et nous nous retrouvons au point de rendez-vous. Mathis, mon stagiaire avec qui j'ai longuement échangé avant le stage est ravi ! Nous partons donc à la fraîche pour tenter d'observer l'isard et le mouflon.


Nous arrivons sur le sentier quelques minutes après le lever du soleil. La montagne est encore silencieuse mais les chemins commencent déjà à accueillir les premiers randonneurs. L'après-midi promet d'être orageux, nous ne sommes pas les seuls à profiter du temps clément du matin.


Nous montons raide. Quelques centaines de mètres au-dessus, nous avons déjà pu apercevoir aux jumelles quelques isards entre les barres rocheuses et les prairies d'altitude. Après avoir fourni quelques efforts, nous nous approchons de la position de la petite harde. L’approche est complexe de manière générale. Il faut user de patience et de précaution pour ne pas déranger inutilement les animaux. Nous parvenons à nous glisser derrière des rochers, nous savons que les isards se trouvent juste derrière. Silencieusement et le plus lentement possible, nous passons notre objectif au-dessus des rochers, à moitié allongés sur la roche, puis nous visons. Premier contact de la matinée à une distance plus que respectable !


Isards (Rupicapra pyrenaica)

Nous composons nos images avec les différents éléments de premier plan pour réaliser des flous qui viennent faire ressortir les sujets. La petite harde est peu nombreuse, mais nous restons quelques temps à ses côtés et nous pouvons assister à quelques instants d'intimité avec les différents individus. Après leur départ, nous progressons doucement avant de tomber quelques dizaines de mètres plus sur un jeune individu allongé, qui se repose paisiblement sous le soleil encore bas.


Cabri de l'année

Après cet interlude mignon, nous continuons à grimper en direction des crêtes qui font frontière avec l'Espagne. Nous apercevons à nouveau un petit groupe qui semble prendre la direction de l'est. Nous montons alors à vue de manière à ne pas les inquiéter. Comme cela ils tolèrent une certaine distance avant de montrer des signes d'inquiétude. L'approche se passe tout en douceur et nous parvenons à les photographier à contre-jour. La lumière commence déjà à devenir puissante, mais ils nous offrent de belles perspectives autorisant à la fois contre-jours et contrastes ambitieux.



Il est l'heure de s'arrêter manger et nous choisissons un amas de roches pour y déguster notre collation. En plein repas, un faucon qui semble gros pour un crécerelle passera à plusieurs reprises haut au-dessus de nos têtes. Quelques minutes plus tard, il piquera sur le versant face à nous pour se poser sur un rocher en criant. Le doute que nous avions jusqu'alors c'est envolé, il s'agit bien d'un faucon pélerin ! Incroyable rencontre ! D'autant que nous assistons à un moment rare, un faucon crécerelle passant par là, est venu harceler et poursuivre dans les airs son cousin deux fois plus gros que lui. Ce dernier abandonna la place et disparu dans le ciel voilé.


Faucon pélerin (Falco peregrinus)

Nous retournons à la voiture avant que l'orage prévu n'éclate et zèbre le ciel d'éclairs puissants. Nous décidons, après une pause bienvenue, de repartir pour le coucher du soleil tenter un affût aux cervidés. Nous verrons alors quelques biches et de jeunes cerfs aux dernière lueurs du jour, assistant eux aussi à un coucher de soleil tourmenté fort esthétique.


Biche (Cervus elaphus)
Daguet (Cervus elaphus)


JOUR 2


Aujourd'hui aussi nos réveils sonnent de bonne heure. Nous souhaitons profiter de ce deuxième et dernier jour de stage et tenter d'explorer un nouveau secteur susceptible d'accueillir une petite population de mouflons. Nous démarrons la randonnée en beauté en observant au loin dans les prés jaunis par le soleil, une biche qui ne semble pas seule.



Nous continuons sur le sentier mal entretenue, à travers les herbes hautes et les fougères. Soudain, au bord du chemin, Mathis me notifie qu'il y a une pie-grièche perchée sur un buissons. Il ne suffit que de quelques secondes pour remarquer qu'en plus de la pie-grièche, un renard était en train de chasser dans les herbes plus hautes que lui ! Bondissant dans tous les sens, nous assistons à ce moment avec beaucoup d'émotions. Disparaissant derrières quelques arbres, nous décidons alors de rejoindre le couvert forestier en espérant mieux se protéger sa vue et ainsi l'observer plus longtemps, mais surtout sans le déranger. Cachés derrières les troncs de grands pins, nous tentons de le repérer. Il traversait un petit ruisseau et se dirigeait droit vers notre direction. À seulement quelques mètres de notre position, il s'est assis pour observer son domaine de chasse. Soudain, son regard s'est tourné vers nous et il s'est éclipsé dans les herbes...Cela ne s'est pas passé comme prévu !


Renard roux en chasse (Vupes vulpes)

Nous continuons à monter, le soleil frappe fort et nous ne voyons aucun autre animal. Même les traces au sol qui sont souvent nombreuses, sont aujourd'hui inexistantes. Les animaux ont dû monter bien haut avec la chaleur étouffante qui s'accentue années après années... Nous décidons de revenir proche de la civilisation et partir photographier des rapaces eux aussi chassant dans les champs récemment fauchés. Première rencontre en allant à l'affut, une pie-grièche guettant sur un fil téléphonique.

Pie-grièche écorcheur femelle (Lanius collurio)

Nous nous installons aux abords d'un champ fauché, sous un arbre et camouflés en attendant le passage des rapaces. Un ballet d'hirondelles rustiques rasant le sol nous a tenu compagnie toute la durée de l'affût. Quelle agilité ! C'est un pur plaisir de les voir aussi nombreuses virevoltant dans les airs pour attraper moustiques et moucherons.


Les rapaces arrivent, buses, corneilles et milans sont les plus nombreux. Ils passent en planant au-dessus de nous, parfois se posent non loin, mais tout de même hors de portée de nos objectifs. Nous profitons de quelques passages pour les photographier en vol.


Corneilles noires (Corvus corone)
Buse variable (Buteo buteo)

Haut dans le ciel nous remarquons alors un rapace clair semblant descendre vers nous. Pas de doute, il s'agit bien d'un circaète Jean-le-Blanc ! Et en effet, il entame un piqué droit vers notre position ! Une chance inouïe quand on connaît la méfiance de cet oiseau. Nous tentons de suivre sa descente tant bien que mal dans l'objectif et faisons quelques photos intéressantes. Il viendra attraper sa proie, que nous ne connaitrons d'ailleurs jamais, à seulement une dizaine de mètres de nous ! Très compliqué de réaliser des photos, l'autofocus accroche mal avec le fond de forêt et l'oiseau est reparti aussi vite qu'il est venu. Ce n'est pas grave, le vivre est bien mieux que le résultat après tout !


Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus)

Nous n'en revenons toujours pas, et c'est sur cet instant incroyable que cette seconde journée de stage a touché à sa fin ! Une réussite !


N'hésitez pas à aller suivre le travail de Mathis, mon jeune stagiaire, qui réalise de très chouettes images ! Son Instagram : @mathis.cbt


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