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Périple écologique en Ariège

Une seule règle : pas de moyens de transports autre que le train ! Nous partons de Cerdagne pour découvrir pendant trois jours une petite partie de l'Ariège.


JOUR 1

Nous descendons du train, les sacs remplis à nous abîmer les épaules. Les sons de la ville sont amplifiés par la configuration géographique des lieux. Tarascon-su-Ariège est à la croisée de trois vallées, entourée de hautes falaises calcaires. Les bruits des sirènes, les moteurs pétaradants des voitures et les vrombissement sourds des camions se reflètent sur les parois rocheuses. L’air est lourd, à notre grand étonnement il ne fait pas froid. Nous ne prenons pas de pause repas et avalons notre sandwich en commençant la marche. Il est déjà 18h00 et le petit abri de béton qui nous accueillera pour la nuit est à quelques heures de marche.


Nous quittons les ruelles calmes des hauteurs de Quié. Une vielle dame nous sourit, nous grimpons sur un chemin raide qui serpente sur les abords d’une barre rocheuse. Nous enlevons nos polaires, trop chaudes pour l’effort à fournir et pour la température qui semble ne pas vouloir descendre avec la nuit. Bientôt nous sortirons nos lampes frontales pour continuer à monter sur le chemin qui se fait de plus en plus raide. Nous succédons les pauses et dans un ultime effort nous atteignons le col à la sortie de la forêt. Les bruits de la ville sont maintenant inexistants et le hululement de la chouette hulotte nous souhaite la bienvenue sur ce petit plateau sauvage. Nous profitons de ce col pour faire une dernière halte avant de redescendre vers la cabane. En reprenant la marche, dans le lointain s’élève une voix rare. Le Grand-Duc d’Europe nous fait l’honneur de son chant envoûtant.


Les pieds dans la boue nous atteignons finalement la cabane remplie d’araignées que le feu de cheminée aura tôt fait de faire s’éloigner. Des palettes à l’extérieur de la bâtisse nous servira de couchage, car l’abri de béton est dépourvu de banquette. Nous nous installons, prenons une soupe chaude au bord du feu avant d’éteindre les lumières et dormir d’un sommeil léger dans ce vallon humide.


JOUR 2

Le chant des grives musiciennes nous sort de notre torpeur nocturne. Le réveil est aisé mais un brin douloureux. Nous petit-déjeunons quelques fruits secs et barres de céréales accompagné d’un bon thé chaud, avant de rassembler nos affaires. L’abreuvoir à quelques mètres du refuge nous fournira toute l’eau dont nous avons besoin, simplement filtrée à l’aide d’une paille micro-filtrante. Nous reprenons la route accompagnés du doux chant des oiseaux : grives, rouges-gorge et troglodytes mignons œuvrent de concert pour interpréter la plus belle des symphonies. Le chemin nous conduit rapidement à l’orée d’un pré qui accueille un vestige préhistorique. Un dolmen érigé au temps des Hommes légitimes. Peu après, un large troupeau de brebis broutant l’herbe verte malgré l’hiver avancé, paissaient paisiblement au bord du sentier. La chaleur arrive alors avec le soleil, encore une fois, les polaires sont superflues. Nous entamons dès lors la descente vers Genat, un petit village perché sur les flancs du Pic des Trois Seigneurs. Nous nous autorisons une pause au lavoir communal où une eau claire et rafraîchissante nous motive à continuer la descente vers Niaux. Haut-lieux de vestiges préhistoriques, la vallée est marquée par de nombreuses grottes décorées de splendides peintures rupestres.

Bisons de la grotte de Niaux (Source Wikimedia Commons)

Nous n’irons pas visiter ces lieux, par manque de temps. Nous déjeunons à Alliat, petit village aux abords de Niaux, près d’une fontaine. Une micro-sieste plus tard nous repartons pour affronter la montée qui sera longue jusqu’au petit refuge qui nous attend sur les crêtes de l’autre côté de la vallée.


Nos pas nous mènent sur la route d’un château fort en ruine, vestige encore bien visible de l’histoire de ces vallées imprenables. Nous passons le hameau d’Arquizat puis quittons la route pour reprendre le sentier qui traverse rapidement Norrat autre hameau très marqué par l’élevage. Chevaux, ânes, chèvres, vaches nous observent avancer péniblement sur la route goudronnée qui mène à la piste forestière. Nous quittons cette dernière rapidement après nous être arrêtés à une source pour se ravitailler en eau. La montée est raide, rude. Le chemin grimpe droit entre les arbres visiblement abîmés par la dernière tempête. Les dénivelés s’accumulent et nous arrivons enfin au col, accueillis par un brouillard à couper au couteau. De fines gouttelettes d’eau nous trempent, emportés par un vent qui se renforce. Le froid humide a doucement remplacé une chaleur dérangeante, digne d’un mois de mai. Nous nous protégeons de la fine pluie et terminons la montée avec la nuit, vers le petit refuge que nous avons du mal à localiser à cause de l’épaisseur de la brume. Quelques mètres avant d’arriver, un troupeau de chevaux nous effraye, eux-mêmes affolés par une cause qui restera inconnue. Nous entrons à toute hâte dans l’abri, poussés par une rafale de vent chargée d’eau. L’intérieur est petit mais bien mieux équipé que l’abri précédent.

Par chance, les anciens occupants ont laissé du bois et des journaux pour allumer un feu. L’humidité excessive de la soirée rend la tâche difficile, les feuilles de journal humides se succèdent pour tenter de faire sécher les premières petites branches. Au bout d’une bonne quinzaine de minutes le feu prend enfin et nous profiterons du bois stocké pour le reste de la soirée. Nous préparons un repas composé de soupe et de semoule, léger, pratique et nourrissant en randonnée. Deux tabourets nous permettent de manger au bord du feu, le vent qui s’engouffre par les interstices de la porte rafraîchit l’air. La banquette de couchage très étroite laisse à peine à deux personnes de dormir tête-bêche. La nuit fût plus chaude et réparatrice que la précédente et nous nous réveillons à nouveau au son mélodieux des grives musiciennes.


JOUR 3

Le vent s’est tût, plus de brouillard à l’horizon. Le jour naissant laisse apparaître un paysage grandiose à l’extérieur de l’abri. Nous sortons et profitons de la vue. Quelques nuages traînent sur les sommets et un voile commence à se teinter de couleurs fades. Le sol, trempé hier, est gelé aujourd’hui. Les gouttelettes d’eau se sont transformées en gouttelettes de glace. Un muesli au chocolat chaud, agrémenté d’un thé nous régale autant que le paysage qui s’étend face à nous. Les premiers rayons de soleil arrivent et se reflètent dans les millions de gouttes de glace au sol, transformant le paysage en une immense surface scintillante. Nous observons corbeaux, corneilles, grives et merles aller et venir, jouant dans la brise du matin. Un régal dans ces temps agités. Le Montcalm et son massif nous salue, couvert d’un fin manteau de neige.

Nous plions nos affaires et refaisons nos sacs. Avant de reprendre la marche, nous refaisons le stock de bois dans la forêt près de la cabane pour les prochains occupants. Dernière ligne droite avant le retour vers la civilisation. Nous devons redescendre de notre montagne pour rejoindre la vallée grondante en contre-bas. Larnat, Bouan puis Sinsat, et enfin un chemin qui longe les rives de l’Ariège pour rentrer à Tarascon. La descente se fait tranquillement, nos épaules sont douloureuses et nos pauses nombreuses. Sur le chemin, des milliers de fleurs épandent leurs senteurs et nous laisseraient presque croire que nous sommes au printemps. Tromperie, l’hiver n’est tout simplement pas ce qu’il devrait être. Les kilomètres s’enchaînent, violettes, hépatiques et anémones bordent chacun de nos pas.

Nous faisons une ultime halte repas puis traversons l’Ariège pour se rendre en rive droite ou un petit sentier nous attend. Une averse nous surprend, passant aussi vite qu’elle était arrivée, elle ne nous a pas mouillés longtemps. Le chemin endommagé par les intempéries nous fait prendre des risques sur une zone périlleuse. La moitié du passage est effondré et la chute sur cette portion serait particulièrement dangereuse. Pas le choix, quelques pas bien assurés et nous voilà sortis de l’affaire. Nous continuons dans une végétation quasi-méditerranéenne marquée par une humidité constante. Des clématites étendent leurs immenses lianes, les fougères sont nombreuses et variés, la végétation dense et luxuriante change des milieux que nous avons vu jusqu’alors. Nous passons Barry d’en bas, puis Ussat-les-Bains et enfin Ussat. Nos derniers pas nous mènent à un petit hôtel, dernière étape avant de reprendre le train le lendemain matin sous une pluie battante, après une nuit confortable mais agitée.


Fin de l’aventure. Vite, recommençons !