Récit de stage - Faune des neiges

Nous partons en début de matinée sur les crêtes qui font frontière avec l'Espagne. L'hiver est chaud, anormalement chaud. La neige présente en faible quantité et exclusivement à des altitudes bien supérieures aux hivers habituels rend la tâche complexe pour honorer les promesses de cette journée annoncée comme "blanche". Le versant sud que nous privilégions est quasiment dépourvu de neige malgré l'altitude de plus de 2 000 mètres. Rapidement nous observons dans le ciel voilé des vautours qui profitent des puissants airs ascendants qui se mettent en place. Peu après, un gypaète viendra nous épier quelques instants à haute altitude avant de repartir vers des secteurs moins animés.


Gypaète barbu (Gypaetus barbatus)

Au loin en contre-bas nous repérons déjà quelques isards en plein nourrissage. Trop bas pour nous, nous repartons slalomer entre les névés avant d'observer très rapidement quelques individus parcourir la crête face à nous.


Isard (Rupicapra pyrenaica)

Nous reprenons la marche après leur passage. Après une bonne demi-heure à parcourir les crêtes sans rien observer d'autre que quelques oiseaux de passage, nous décidons de nous arrêter pour boire un peu d'eau. C'est le moment qu'a choisi une harde de cerfs pour apparaître soudainement, sortant en courant de la forêt exposée au nord et certainement bien enneigée. L'un des jeunes mâles retardataires était particulièrement beau dans les larges plaques de neige texturée.


Cerf élaphe (Cervus elaphus)

Il est bientôt midi et nous trouvons une pente déneigée pour s'y installer le temps du repas. Nous profitons de ces instants de repos pour assister au ballet somptueux d'un vol immense de craves à bec rouge. Ils étaient plus d'une cinquantaine à virevolter dans les airs. Derrière eux, au loin, le splendide massif de Montserrat dépassait de la brume.


Craves à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax)

La marche reprend après un bon repas revitalisant. Nous tombons nez-à-nez avec une pauvre renarde galeuse qui par chance ne nous aura pas repérés. Au loin, la harde de biches et de jeunes cerfs broute tranquillement. En contre-bas, une immense harde d'isards nous attend. C'est parti pour une petite approche. Les isards sont plus craintifs à cette période, alors nous prenons des précautions pour ne pas qu'ils nous identifient comme dangereux.


Isards (Rupicapra pyrenaica)

La lumière est puissante et les turbulences que causent les rayons du soleil ne rendent pas la tâche facile pour réaliser des images. Néanmoins, en noir et blanc, certaines images restent intéressantes, surtout celles des isards jouant gaiement dans le névé que nous surplombons. Nous restons ici à les observer plus d'une heure, attendant avec impatience que le jour décline pour profiter des lumières du soir.


Soudain, la harde s'agite et observe vers le bas. La crête face à nous nous bloque la vue, et il est impossible de savoir de quoi il s'agit. Sortent alors de la crête, tous les cerfs et les biches que nous avons croisés un peu plus tôt dans la journée ! Le ciel est voilé, parfait pour réaliser des silhouettes esthétiques !


Une situation inédite se produit alors, la harde de cerfs passe en bordure de celle d'isards. Visiblement, les deux espèces se tolèrent bien, mais il est rare de les voir ensemble, aux mêmes altitudes et encore moins à découvert et en plein hiver ! Nous réalisons quelques images avant d'entamer la descente, l'heure tourne, la journée bien remplie passe très vite !


Cerfs et isard

La descente est à nouveau remplie de rencontres. Les hardes sont nombreuses, fournies, et les individus vifs et en bonne santé. Nous avons la chance d'observer tous ces magnifiques animaux à des distances assez proches pour les photographier dans de bonnes conditions, d'autant plus que la lumière baisse progressivement et que les nuages à l'horizon commencent peu à peu à se teinter de couleurs pastels.



Sur le chemin du retour, nous rencontrons aussi de nombreux oiseaux. Sur un cairn, 4 accenteurs alpins se reposent, abrités du vent qui se lève. Leur plumage caractéristique et très mimétique rend leur identification assez facile.


Accenteurs alpins (Prunella collaris)
Grand Corbeau (Corvus corax)

Nous arrivons à quelques minutes de la voiture, garée à un col venté. Sur le flanc sud, que nous avons également emprunté pour la descente, nous avons encore la chance d'observer une toute petite harde d'assez proche, sur un promontoire surplombant la vallée. Les falaises à l'arrière plan constituent un cadre parfait, et la lumière du soleil couchant apporte une touche de chaleur parfaite pour terminer la journée en beauté.



Les derniers rayons du soleil s'éteignent et il est temps pour nous de quitter les lieux. Une journée réussie, remplie de rencontres et de belles ambiances que les participants ne sont pas prêts d'oublier !


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